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L'Observatoire de Paris et sa Bibliothèque


 
  Ce monument dédié aux observations astronomiques se devait d'abriter une structure permettant de réunir les traces écrites de ses activités d'observations propres mais aussi celles menées à l'extérieur et de constituer une bibliothèque de référence dans le domaine de l'astronomie.
 
 





  I
  La Bibliothèque sous la dynastie des Cassini
  1785 - 1795

 
 







  Dans son projet de restauration de l'Observatoire présenté le 13 mai 1784 au baron de Breteuil, ministre de la maison du roi, Cassini IV fait figurer en bonne place la création d'une bibliothèque. Ce projet soutenu par le baron de Breteuil et le Comte d'Angiviller, ministre des bâtiments du roi, fut agréé par Louis XVI, malgré le rapport défavorable fait par la commission de l'Académie des Sciences réunie à cet effet dans la séance du 4 août 1784.
  Le règlement du 26 février 1785 comporte un chapitre "Concernant la bibliothèque" où il y est arrêté, de l'article 29 à 33, différentes modalités (1) :
  - La composition du fonds : "livres d'astronomie ou d'ouvrages de géométrie appliqués à cette science",
  - La gestion de ce fonds : inventaire et catalogue,
  - Le prêt : droit au prêt, enregistrement, durée, réclamation,
  - Les heures d'ouverture : d'été et d'hiver,
  - Le rapport annuel au ministre portant justification des dépenses sur le crédit annuel des 600 livres.
 
 
  Cassini IV reconnaît lui-même que cette somme "serait plus que suffisante si la bibliothèque était formée et qu'il n'y eut à acquérir que les nouveaux ouvrages qui paraissaient chaque année, la seule collection de transactions philosophiques a employé trois années de ces fonds".
  Pour constituer un fonds de base il fera don dans un premier temps d'une partie de sa bibliothèque personnelle et obtiendra du baron de Breteuil l'autorisation de tirer profit de la vente d'exemplaires de la Carte de la Lune de son arrière grand-père, édités par l'Imprimerie royale (2).
  Ainsi en 1787, une somme de 300 livres sera utilisée pour l'achat d'ouvrages par l'astronome érudit J.J. Lalande. L'Etat de la bibliothèque de l'Observatoire royal de Paris au 1er avril 1791 remis aux Archives de l'Assemblée nationale recense 285 volumes parmi lesquels la collection complète des Philosophical transactions, (76 volumes) les œuvres d'Hevelius (7 volumes), les mémoires des académies étrangères (Berlin, Vienne, St-Petersbourg, Uppsala…), le Journal des Savants.
  Le noyau de ces collections est constitué par les journaux d'observations faites à l'Observatoire royal de 1671 à 1791, l'Histoire céleste de l'Observatoire de 1785 à 1790 et le tableau des calculs, les observations météorologiques de 1785 à 1791.
  L'inventaire remis en 1793 au citoyen Perny, directeur temporaire de l'Observatoire de la République par la Commission des arts du Comité d'instruction publique, fait état de 574 volumes.
  Peu après sa création une partie de la bibliothèque aurait été installée dans les salles NO du 2e étage contiguës à la grande salle méridienne (3), salle déjà partagée en deux étages en 1692 pour abriter en bas les machines de l'Académie des Sciences et en haut, un appartement.
  Après le transfert des machines au Jardin du Roy, les deux étages seront occupés par le dépôt de la Carte de France de Cassini IV (1757) qui y restera jusqu'en 1787 date à laquelle il sera transporté rue Maillet dans la maison de Cassini.
 
 



  II
  La Bibliothèque sous la tutelle du Bureau des Longitudes
  1795-1854

 
 




  Dans l'introduction à son inventaire des manuscrits de la Bibliothèque de l'Observatoire de Paris(4), Guillaume Bigourdan décrit l'apport considérable dû à Joseph Nicolas Delisles (1688-1768) qui avait rassemblé la plupart des livres astronomiques publiés et avait réuni une immense quantité de manuscrits en vue de la publication d'un "Traité complet d'Astronomie exposée historiquement et démontrée par les observations" qui ne fut jamais publié, ni achevé.
 
  Selon Bigourdan : "En 1795 la bibliothèque de l'Observatoire tant la section des imprimés que celle des manuscrits s'enrichit considérablement par l'adjonction des Collections astronomiques formées par Joseph-Nicolas Delisle.
  A peine devenu membre de l'Académie des Sciences comme élève astronome (1714), Delisle fit copier les observations conservées dans les archives de cette Académie, celles de Tycho, de Picard, etc.
  A la mort de La Hire le fils (1719), qui suivit de si près celle du père (1718), Delisle acquit de leur succession divers papiers, notamment la correspondance.
  Déjà il avait commencé d'entretenir lui-même, avec les principaux astronomes de son temps, cette correspondance qui dura près de soixante ans (1709-1767) et qui fit affluer vers Delisle les observations faites de tous côtés. Aussi en 1720, il pouvait dire déjà qu'il possédait à peu près toutes les observations faites jusqu'alors.
  Appelé en Russie, à la suite du voyage de Pierre le Grand en France, il s'y rendit en 1726, en traversant l'Allemagne, il noua des relations personnelles avec les principaux astronomes de ce pays : Doppelmayer, les frères Rost, J.-H. Müller, à Nuremberg et à Altorf ; Weidler à Wittenberg ; Ch. Kirch à Berlin. En passant par Dantzig, il acquit une des pièces capitales de sa Collection, la Correspondance autographe d'Hevelius et ses journaux d'observations.
  Pendant son séjour en Russie, qui dura vingt et un ans (1726-1747) il continua d'enrichir sa bibliothèque et payant largement, il obtint des copies collationnées d'observations quand il ne pouvait acheter les originaux : c'est ainsi qu'il put faire copier et traduire en latin les observations
  de G. Kirch ; plus tard d'ailleurs, après la mort de son fils Chr. Kirch, il acheta des sœurs de celui-ci les registres originaux eux-mêmes, la correspondance, etc. de Kirch le père ; et il s'en fallut de peu qu'il n'obtint de même les journaux d'observation de Kirch le fils.
  En même temps, la correspondance qu'il entretenait avec les missionnaires de Chine, particulièrement avec le P. Gaubil, le mit en possession de manuscrits précieux, relatifs à l'astronomie et à la chronologie chinoises. Cette partie de sa Collection s'accrut encore notablement quand il eut obtenu (j'ignore si c'est par achat ou autrement) une partie des papiers de Fréret et la Correspondance du P.E. Souciet.
  Mais c'est en vain qu'il poursuivit longtemps les manuscrits de Képler, achetés par Hanschius aux héritiers d'Hévelius, et qui se trouvaient alors (1736) à Vienne.
  De retour en France, il échangea toutes ses collections, tant géographiques qu'astronomiques, contre une rente viagère et le titre d'astronome de la Marine : c'est ainsi que les livres et les manuscrits de Delisle passèrent, vers 1750, au Dépôt de la Marine".
  Ils restèrent là jusqu'en 1795 : alors le Comité de Salut public décida que la partie astronomique de cette collection (livres et manuscrits) serait remise au Bureau des Longitudes, qui venait d'être fondé. La loi d'établissement du Bureau des Longitudes portait au chapitre XVI : "Il sera pris dans les dépôts de livres appartenant à la Nation, et dans les doubles de la Bibliothèque nationale, les livres nécessaires pour compléter la Bibliothèque astronomique commencée à l'Observatoire." En même temps on accordait, pour loger tous ces livres, le corps de bibliothèque de Saint-Sulpice, qui fut, à cet effet, transporté à l'Observatoire.
  Un procès-verbal du 21 décembre 1795 rapportant la visite de l'Observatoire par le Bureau des Longitudes signale : "on a vu les livres du dépôt de la Marine qui ont été déposés dans l'appartement du C. Cassini en attendant que les boiseries de la bibliothèque soient placées, le C. Buache a été chargé d'en hâter le placement…" Le procès-verbal est signé : Borda, Laplace, Caroché, Lalande, Delambre(5).
  Une lettre de Méchain au citoyen Buache du 3 mai 1800 signale des travaux à l'étage de la Méridienne concernant toute la menuiserie de la Bibliothèque(6)
  Dès le début du 19e siècle, les collections s'enrichirent des manuscrits Le Monnier et lors de dépôts (1822-1823-1846) fait par Cassini IV lui-même ou son exécuteur testamentaire, de nombreux volumes manuscrits ou liasses relatifs à son projet d'Histoire céleste. En 1840 des manuscrits provenant de J. Lalande et La Caille sont offerts par F. Arago à l'Observatoire. A ces manuscrits s'ajouteront les Registres décrivant chronologiquement les observations faites à chaque instrument.
  Dès lors que l'importance de la bibliothèque était ainsi reconnue un poste de secrétaire-bibliothécaire devenait indispensable et différents adjoints se succèdent auprès du directeur :
  En 1801 : Marc Agoustenc Secrétaire-bibliothécaire
  1802 Auguste Méchain
  1805 Dominique-François-Jean Arago
  1807 C. Mathieu Secrétaire assistant
  1817 J. Nicollet Secrétaire assistant
  1823 F. Savary bibliothécaire - observateur
  1829 Ch. L. Largeteau
  1832 Daussy
  1841 J. Babinet
  Ce dernier ne figure plus dans la nouvelle organisation issue du décret de 1854.
 
 



  III
  Le Verrier - Delaunay
  La bibliothèque traverse une zone de turbulence 1854 - 1877

 
 




  J.U. Le Verrier est nommé directeur de l'Observatoire le 31 janvier 1854, à la suite de du décret du 30 janvier, portant organisation de l'Observatoire impérial.
  Ce décret consacre la séparation du Bureau des Longitudes et de l'Observatoire, il retire au Bureau des Longitudes la majeure partie de ses attributions (seules sont maintenues les publications de l'Annuaire et de la Connaissance des temps), l'article 7 du décret ne concédait au BdL que l'usage de la bibliothèque et ce, pour la seule durée stricte des séances. Le règlement prévu de la bibliothèque commune ne fut jamais adopté par Le Verrier.
  Le procès-verbal du 8 mars 1854 précise la décision du ministre à savoir que la salle de la bibliothèque située au 2ème étage au NO de la salle de la méridienne servira désormais pour les réunions du bureau.
  Dans une lettre de Le Verrier adressée au Ministre de l'Instruction publique et des cultes, datée du 24 janvier 1861, on relève dans la demande de 97.615 F pour le fonctionnement de l'Observatoire 7.500 F au titre des voyages, bibliothèque et entretien des bâtiments(7).
  Le décret du 3 avril 1868 porte constitution d'un Conseil de l'Observatoire impérial et précise les attributions du personnel de l'Observatoire(8) :
  - art. 10 : "Le secrétaire, agent comptable est chargée de la garde des archives et de la bibliothèque."
  Dans le plan général des travaux des astronomes du 7 juillet 1868 on relève :
  - art. 12 : "les livres de la Bibliothèque de l'Observatoire sont de 11 h à 4 h à la disposition des fonctionnaires sous la surveillance du Secrétaire agent comptable"
  - art. 13 : "les journaux scientifiques et ouvrages nouveaux sont placés dans une salle spéciale servant de salle de lecture…"
  Un "mémoire sur l'état actuel de l'Observatoire impérial présenté par les astronomes à son excellence le Ministre de l'Instruction publique" et publié en 1870 fait état de graves dissensions au sein de l'établissement signalant entre autre :
  "La bibliothèque de l'Observatoire est, ainsi que tous les autres services, dans le désarroi le plus complet. Des collections précieuses sont absentes ou incomplètes. Les livres adressés à l'établissement sont tous reçus par le Directeur qui les donne à son heure au bibliothécaire et c'est souvent bien longtemps après leur arrivée. Une somme de 600 F est allouée chaque année pour la bibliothèque ; cette somme a été refusée cette année au bibliothécaire et employée à un autre usage…".
 
  La commission spéciale instituée par arrêté du 4 février 1870 pour rendre compte au ministre de la situation de l'Observatoire, constate l'échec de l'œuvre de réorganisation entreprise dans le décret du 3 avril 1868 par le Ministre V. Duruy et en impute toute la responsabilité à Le Verrier et demande qu'il soit relevé de ses fonctions.
  Le 3 mars 1870 Charles Eugène Delaunay entre en fonction.
  Le Décret du 5 mars 1872 porte au Titre I relatif à l'Observatoire de Paris :
  Art. 11.- Tous les ans l'Observatoire est inspecté par une commission composée des membres du Bureau des Longitudes qui ne font pas partie du personnel de l'établissement, de deux membres de l'Institut désigné par l'Académie des sciences et cinq personnes choisies par le Ministre dans les grands corps de l'état.
  La 1ère commission a lieu en mai 1872 : M. Delaunay Directeur de l'Observatoire note dans son rapport présenté à la Commission d'inspection le 31 mai 1872.
  "Pendant les longs mois du siège de Paris, le Directeur de l'Observatoire s'est occupé de mettre en ordre la bibliothèque de l'établissement et l'importante collection de manuscrits qu'il renferme. Le tout est installé dans la galerie du 1er étage dans les pièces situées à l'Est et à l'Ouest de cette galerie. Une de ces pièces a été disposée en salle de lecture pour les membres du BdL et le personnel de l'Observatoire, ainsi que pour les personnes du dehors munies d'une autorisation. La bibliothèque est ouverte tous les jours non fériés de 10 h à 4 h." (9).
  Peu après le départ du Bureau des Longitudes qui s'installe rue Mazarine (1874), 1876 voit le partage des fonds (PV 12 avril et 17 mai 1876).
 
 



  IV
  De l'Amiral Mouchez au rattachement de l'Observatoire de Meudon
  1878 - 1926

 
 




  Dès la nomination de l'amiral Mouchez (Ernest-Barthélémy) en 1878 les rapports annuels de l'Observatoire(10) permettent de suivre l'organisation et l'accroissement des collections de la Bibliothèque. Il entreprend de doter l'Observatoire d'un musée et d'un fonds moderne de bibliothèque, il affecte au budget 1879, 2.000 francs pour l'acquisition d'ouvrages et la reliure.
  La refonte du catalogue est entreprise. Les trois registres par ordre alphabétique des noms d'auteurs, établi 20 ans auparavant et où par la suite les livres furent inscrits au fur et à mesure de leur arrivée sont remplacés par un catalogue à fiches mobiles.
  Ces travaux commencés sous la direction de M. Delaunay, par le secrétaire agent-comptable seront poursuivis et permettront de mettre à jour l'état des collections qui ont vu des mouvements divers : départ des ouvrages en double au Bureau des Longitudes et remise en 1879 au Bureau central de météorologie de tous les volumes ou brochures météorologiques. De plus le catalogue des manuscrits de 1854 revu en 1870 doit être entrepris. L'inventaire de 1879 fait apparaître un accroissement de 557 volumes, le fonds est alors évalué à 8.000 vol.
  L. Lalanne, bibliothécaire de l'Institut remet à l'Observatoire de Paris le catalogue des manuscrits établi après les vols commis par Libri dans diverses bibliothèques ; certaines pièces ont pu être récupérées lors de ventes publiques.
  Afin de rétablir l'ancienne salle de lecture occupée actuellement par les calculateurs, la grande salle du 1er étage de la tour Nord-Ouest a été aménagée en salle de lecture où seront réunis les archives et les livres descendus de l'étage supérieur.
 
  Pour les années suivantes, le service de la bibliothèque rattaché au secrétaire M. Fraissinet ne peut bénéficier, faute de crédit, d'un poste de bibliothécaire-archiviste, les collections néanmoins vont s'enrichir en 1880 des Transactions et Proceedings de la Société royale d'Edimbourg reçus en don et surtout en 1885 d'ouvrages intéressant l'histoire de l'Astronomie : en effet une subvention du Ministère de l'Instruction publique permet d'acquérir 453 volumes sur le millier d'imprimés ou manuscrits relatifs à l'astronomie mis à la vente, après le décès de l'académicien Chasles.
 
  Ces achats contribuent à enrichir le fonds d'incunables représenté jusqu'alors par un petit nombre (9) portant le timbre orné d'une fleur de lys du Dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine déposés par la Convention au Bureau des Longitudes.
  Ces incunables retracent l'état de la science astronomique au XVe siècle. 28 sur un fonds de 38 incunables proviennent de la vente Chasles dont entre autres, 4 Regiomontanus, 5 Sacro Busto…(11)
  Différents dons ou réintégrations s'ajoutent aux achats , entre autres :
  - le manuscrit de la 3e édition du Système du monde de Laplace par Mme la marquise de Colbert-Laplace acquis auprès de M. Groslier, fils du secrétaire particulier de l'astronome. Le volume est relié en cuir de Russie et contient les pièces qui en garantisse l'origine
  - les manuscrits de la correspondance d'Hevelius soustraits par Libri remis par la Bibliothèque nationale
  - un manuscrit de 250 p. contenant les calculs de Lalande pour le passage de Vénus sur le Soleil en 1769 donné par M. Chasles héritier du géomètre décédé.
  Les achats et dons des années 1880-1881 atteignent un total de 1.525 volumes.
  Pour 1882 pas d'achats exceptionnels mais le total des acquisitions est de 310 volumes dont 3 lettres de la correspondance d'Hevelius remises par la Bibliothèque nationale de France et 16 portefeuilles de manuscrits de la collection Delisle prêtés autrefois à la Russie et rendus par M. Struve directeur de l'Observatoire de Poulkovo.
  En 1883 le catalogue est entrepris par un employé de la Bibliothèque de l'Institut sous la direction de M. Fraissinet.
  Les collections s'accroissent de 435 volumes.
  Sous les directions successives de Mouchez, Tisserand, Loewy et Baillaud après l'enrichissement du fonds en 1881 dû à la vente Chasles, les autres apport significatifs sont en 1883 le don des manuscrits des observations de l'astronome Flaugergues qui s'étendent de 1782 à 1830 et le don de manuscrits et des 64 volumes de la bibliothèque d'Yvon Villarceau fait par sa veuve après son décès.
  En 1885 Henry Sagnier fait don de 10 cahiers manuscrits des observations de F. Arago.
  En 1886 Lucien Magne gendre de Le Verrier fait don de 14 volumes in 4° des recherches astronomiques de ce dernier.
  En 1893 M. J. Bertrand secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences fait don d'un manuscrit d'Arago sur la mesure du diamètre des planètes.
  En 1879 et 1899 Mme Vve Laugier fait don d'une série de manuscrits Delambre, Mathieu et Laugier ainsi qu'une liasse de lettres écrites par le baron de Zach à J.J. Lalande (1792-1804).
  En 1906 les héritiers de Bischoffsheim font don du manuscrit relié de l'ouvrage :
  "Le Soleil" dû à P.A.Secchi.
  Quelques uns des manuscrits volés par Libri réintègrent le fonds.
  De l'estimation de 8.000 volumes faite sous la direction de l'amiral Mouchez en 1879 à l'année 1918, sous la direction de B. Baillaud où les restrictions budgétaires commencées en 1886 s'accentuent et infléchissent la courbe des acquisitions, le fonds de la bibliothèque peut être évalué à environ 22.500 volumes d'ouvrages et périodiques d'après les rapports annuels des directeurs successifs.
  Mais si les acquisitions connaissent une baisse à la fin de la direction de l'amiral Mouchez, son entreprise d'organisation fut poursuivi par le secrétaire M. Auguste Fraissinet jusqu'en 1909 puis par M. Jacques Rouzaud qui s'assure les services de M. Jules Chatelu aide-astronome en 1910 suivi en 1913 par M. Léon Bultingaire.
 
 
  L'impulsion donnée par l'amiral Mouchez se concrétise en 1884 par l'achèvement du catalogue des imprimés.
  Dix ans plus tard en 1894 G. Bigourdan achève son catalogue des manuscrits qui paraîtra dans le tome 21 des Annales (mémoires) de l'Observatoire de Paris, publié en 1895. En 1908 la bibliothèque applique les nouvelles instructions concernant le classement et le catalogage suivant le système prescrit par l'administration supérieure pour les bibliothèques universitaires.
  En 1913, M. L. Bultingaire entreprend pour les publications périodiques un catalogue méthodique dont les divisions sont celles de "International catalogue of scientific literature".
  Pendant la 1ère guerre mondiale le secrétaire J. Rouzaud en l'absence de L. Bultingaire mobilisé assure la réception, l'inventaire, le prêt et la communication des ouvrages.
  Avec la démobilisation du bibliothécaire L. Bultingaire en 1919, le catalogue méthodique entrepris en 1913 peut être terminé grâce aux travaux poursuivis pendant le guerre par M. Boquet. Celui-ci établit un premier classement où dans chaque rubrique il adopte l'ordre alphabétique, non sans avoir réfléchi à l'avantage de classer par date de publication.
  Les publications périodiques sont classées dans l'ordre géographique afin de connaître rapidement les publications provenant d'une ville ou d'un observatoire déterminé.
  C'est ainsi que cette liste de périodiques de sciences astronomiques ou connexes comporte plus de 800 titres. M. Lacroix secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, initiateur de la publication : "Inventaire des périodiques scientifiques des bibliothèques de Paris" , charge L. Bultingaire de la coordination et de l'édition de cet ouvrage qui comprendra donc le catalogue des périodiques de la Bibliothèque de l'Observatoire de Paris.
 
  Les catalogues alphabétiques et méthodiques ne comportaient que les titres de monographies et tirages à part, aussi dès 1920 L. Bultingaire entreprend le dépouillement des principaux périodiques et recueils consacrés à l'astronomie afin d'y ajouter les titres des articles. Ces dépouillements sont aussi publiés dans la "Revue générale des travaux astronomiques" arrêtée en 1927 avec appendices au Tome V, deuxième partie du Bulletin astronomique.
  Pour les manuscrits : depuis la publication en 1895 de l'Inventaire général et sommaire des manuscrits de la Bibliothèque de l'Observatoire de Paris par G. Bigourdan, des pièces manuscrites importantes sont entrées dans les fonds. Un nouvel inventaire est établi en 1921 et forme une série numérotée à partir de 1001.
  La même année un catalogue des médailles commémorant des événements astronomiques ou scientifiques est établi, leur nombre est de 86.
 
 
  En 1925 un dépouillement des archives est entrepris avec l'établissement d'un index alphabétique.
  Les fonds Delisle et la correspondance d'Hevelius seront entrepris en 1922.
 
 
  Au départ à la retraite de M. Rouzaud en 1923 succède M. Bertrand secrétaire-bibliothécaire du Bureau des Longitudes. Désigné en 1924 secrétaire agent-comptable de l'Observatoire de Paris, il sera aidé du calculateur Bultingaire chargé de la Bibliothèque. Ce dernier aura pour successeur Lobstein à partir du 1er mai 1925.
  De 1919 à 1932 qui verra la création d'une nouvelle section de la bibliothèque sur le site de l'Observatoire de Meudon(12) l'accroissement du fonds sera surtout représenté par des publications obtenues par échanges ou dons (périodiques, brochures), les acquisitions d'ouvrages sont faibles en raison du prix élevé qu'atteignent en particulier les ouvrages anglais ou américains.
  Parmi les dons, certains sont de grande valeur pour le fonds historique :
  En 1919, six ouvrages imprimés du 16e et 17e siècle ; en 1922, deux ouvrages du 16e siècle par M. Fulgence antiquaire et en 1920, huit volumes richement reliés des œuvres de Jérôme De Lalande par Mme veuve Delalande.
  Afin de maintenir les collections à un niveau élevé pour les chercheurs, en 1924 sous la direction de B. Baillaud il est institué un service d'échanges avec la Bibliothèque nationale : les livres étrangers acquis par l'Observatoire sont signalés à la Bibliothèque nationale afin qu'elle puisse indiquer leur localisation à ses lecteurs, en échange, la BN porte sur ses listes les livres intéressant l'astronomie, mais dont l'observatoire ne peut faire l'acquisition. C'est ainsi qu'en 1928 le service des échanges internationaux recense à l'Observatoire 200 nouveaux titres à l'inventaire. Le même système fonctionne entre les différents observatoires.
 
 



  V
  La bibliothèque de l'Observatoire Paris-Meudon
  1926 à nos jours

 
 




  C'est sous la direction de Henri Deslandres qui désormais recouvre les deux observatoires Paris et Meudon, que se dessine la création de la Bibliothèque de Meudon qui se concrétisera sous Ernest Esclangon.
  En effet sur le site de Meudon un poste de secrétaire-bibliothécaire est créé en 1928, il est occupé par M. Lamiable.
  En 1932 sous la direction d'E. Esclangon, M. Lamiable est nommé secrétaire agent comptable à Paris en remplacement de M. Bertrand et son poste est supprimé à Meudon.
  Les répercutions se font sentir sur la bibliothèque de Meudon où Mlle Roumens reprend le projet de réorganisation et de révision du catalogue et de réaménagement des locaux.
  A cet effet, la bibliothèque se voit affectée d'une grande salle en rez-de-chaussée dans le bâtiment des "Communs". Des casiers fournis par le conservateur de la Bibliothèque Sainte Geneviève permettront de regrouper les ouvrages déposés dans des locaux annexes.
 
  L'aménagement est terminé au printemps 1933 et Mlle Roumens est chargée de la bibliothèque tout en conservant ses fonctions d'assistant, elle établit le nouveau catalogue sur fiches (8.000) auteurs et matières des 12.000 vol. qui composent la bibliothèque, aidée de M. Bertaud et Mlle Markoff. Repris entièrement en 1935 Mlle Roumens est chargée de le poursuivre.
  Les travaux d'aménagement se terminent en 1934, un crédit des Beaux-arts permet de réunir en une seule, deux petites pièces du 1er étage attenante à la salle principale. Ainsi deux salles de lecture sont aménagées, une est réservée aux périodiques, l'autre aux publications d'Observatoire et aux traités généraux sur l'Astronomie et les sciences connexes.
  La salle du rez-de-chaussée aménagée en 1933 est reclassée. En 1935 en l'absence de bibliothécaire en titre Mme d'Azambuja-Roumens continue d'en assurer les fonctions ; elle complète par voie d'échanges les collections de périodiques afin de pouvoir les faire relier.
  Des échanges nouveaux sont installés avec les académies des sciences de Stockholm, Rome, Tokyo, Léningrad et des observatoires étrangers. On recense 80 titres de périodiques et 240 publications d'observatoires, instituts, sociétés savantes.
 
  Les collections de Cartes du ciel sont classées et peuvent être consultées. M. Leroy est chargé de l'équipement des ouvrages. Sous l'impulsion de M. Charreton, secrétaire, un registre d'inventaire est entrepris et terminé par M. Charreton après le départ de Mme d'Azambuja en septembre 1938.
  Ces mêmes années (1926 à 1939) la bibliothèque de Paris, toujours sous la responsabilité de M. Lobstein, a vu croître l'arrivée de publications d'observatoires, 161 titres venant du Japon, de l'URSS, de la Chine, des Etats d'Europe centrale.
  Des "tirages à part" de plus en plus nombreux arrivent de l'étranger.
  L'Observatoire de Paris est le centre de réexpédition des publications des observatoires français participants aux échanges internationaux, un poste de manutentionnaire est affecté à cette tâche (L. Leclerc).
  Le fonds d'Archives s'enrichit du don de Mme G. Bigourdan : le manuscrit de l'Inventaire des archives de l'Observatoire annoté et complété d'index et des tables de la main de G. Bigourdan.
  L'accroissement des ouvrages retrouve un rythme normal (300) nécessitant l'achat de rayonnages en tôle d'acier qui permettent un meilleur rangement des ouvrages.
  En 1935 la bibliothèque participe aux congrès de l'Union astronomique internationale par des prêts ou copies de pièces d'archives, en 1937 à l'exposition au Palais de la Découverte par le prêt de livres anciens et de manuscrits de Le Verrier…
  Au départ de M. Lobstein, archiviste-bibliothécaire, en février 1939, M. Charreton secrétaire-agent-comptable nommé au départ à la retraite de M. Lamiable le 30 juin 1937 assurera le secrétariat des deux sections et la gestion des deux bibliothèques.
  Ce n'est qu'en 1954, sous la direction d'A. Danjon qu'un bibliothécaire diplômé est affecté à l'Observatoire.
 
 
  Dans les années quarante et suivantes l'Observatoire de Paris eut toujours le souci de développer la bibliothèque sur ses deux sections.
  Les salles de lecture et magasins furent aménagés et leur volume accru.
  A Paris, la bibliothèque est installée dans le bâtiment Perrault dans l'aile Nord-Ouest à l'étage de la méridienne (2ème étage) puis au niveau du 1er étage de part et d'autre de la grande galerie. En 1956-1957 les salles du 2ème étage furent équipées en magasins métalliques auto-porteurs sur trois niveaux desservis par un monte charge. La salle de lecture ou salle des archives se situant au 1er étage.
  Dix ans plus tard (1965-1966) cette salle fut réaménagée et dotée d'une mezzanine constitutant la réserve des manuscrits.
  Il convient de noter au sujet des archives, le dépôt effectué par le Bureau des Longitudes à la Bibliothèque (convention Bureau des Longitudes/Observatoire de Paris du 6 décembre 1983).
  C'est un ensemble de manuscrits retrouvé en 1983 dans les anciens locaux de l'Observatoire du Bureau des Longitudes au Parc Montsouris, lors du départ du BdL et l'emménagement de l'Association française d'Astronomie.
  Ce n'est que très récemment en 1997 que la salle de lecture s'installe dans la tour octogonale Est au niveau de la terrasse-jardin permettant de doubler les places assises (16), d'accroître le nombre d'ouvrages en libre-accès et surtout de permettre des heures d'ouverture élargies de la salle de lecture.
  A Meudon, La bibliothèque recense en 1945 environ 15.000 volumes et s'installe dans 120 m2 toujours dans le bâtiment des "Communs".
  Lors de la construction de nouveaux bâtiments sur le campus de Meudon en 1973, on attribue à la bibliothèque 600 m2 tout en conservant des magasins aux "Communs". Ce transfert permet d'offrir aux lecteurs la quasi totalité des fonds en libre-accès.
  On se trouve donc actuellement en présence d'une très riche bibliothèque de recherche en Astronomie-Astrophysique :
  - d'une superficie totale de 700 m2, à Paris dont 86 m2 pour la salle de lecture et plus de 2 km de rayonnages de magasins,
  - d'une superficie totale de 800 m2 à Meudon dont 452 m2 de libre-accès, d'une salle de lecture de 120 m2 et de 2 km 700 de rayonnages de magasins majoritairement en libre-accès.
  Les collections de monographies et de périodiques reconnues au niveau national comme les plus riches en Astronomie (CADIST, depuis 1980) s'élèvent à environ 145.000 volumes (80.000 à Meudon et 65.000 à Paris).
  Le catalogue courant et rétrospectif est informatisé et consultable sur l'Internet.
  Le travail de classement et d'inventaire des archives : (environ 4.300 liasses, dont plus de 2.300 inventoriées) se poursuit. Le projet de numérisation de ces inventaires et leur mise sur le réseau doit aboutir en 1999.
  La direction de la bibliothèque sur ses deux sites est assurée par un conservateur du corps des bibliothèques.
  Il a aussi en charge la conservation des archives scientifiques qui par mesure dérogatoire de la Mission archives du MEN en 1984-1986 ne sont pas déposées au Archives nationales, mais conservées sur place.
  Outre les documents imprimés ou manuscrits, il lui appartient également de dresser l'inventaire des instruments scientifiques du patrimoine historique de l'Observatoire en collaboration avec les astronomes ou ingénieurs, utilisateurs de ces instruments qui en assurent la documentation scientifique.
 
 
 
Février 1999
  N. Daliès

 
 
 
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  (1) "Mémoire pour servir à l'histoire des sciences et à celle de l'Observatoire royal de Paris… par J.D. Cassini… Paris, Bleuet, 1810"
  (2) Observatoire de Paris, Archives A D5-40
  (3) Le Bureau des Longitudes, par G. Bigourdan in "Annuaire du Bureau des Longitudes, 1931, p. A-29"
  (4) Inventaire général et sommaire des manuscrits de l'Observatoire de Paris ,par G. Bigourdan in "Annales de l'Observatoire de Paris, série mémoires, Tome 21, 1895".
  (5) Procès-verbal du Bureau des longitudes : 31 décembre 1795 (30 Frimaire an IV)
  (6) Le Bureau des longitudes par G. Bigourdan in "Annuaire du Bureau des Longitudes, 1928 p. A-20"
  (7) Observatoire de Paris, Archives 3567-3-L5
  (8) Observatoire de Paris, Archives 3567-3-AA1
  (9) Documents divers sur l'Observatoire de Paris 1854-1872 (cote 3567 T3-AP1 p. 12)
  (10) Rapports annuels sur l'état de l'Observatoire de Paris 1878-1940
  (11) Catalogue des incunables de la Bibliothèque de l'Observatoire de Paris par L.Bultingaire, Paris 1913 (23034-12)
  (12) L'Observatoire de Meudon créé en 1876 est rattaché à l'Observatoire de Paris en 1926. Il est installé sur un ancien domaine royal et a pour mission, sous la direction de Jules Janssen, de mener des recherches en astrophysique.
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le 4 avril 2005
sigo